Marque blanche, les 7 règles à faire respecter

« Marque blanche » est écrit sur toutes les pages de sous-traitance web. La formule est devenue si courante qu’elle ne dit plus rien de précis.

Voici les sept règles qui la rendent réelle, du point de vue de celui qui les applique. Chacune est vérifiable, et je donne à la fin la façon de les contrôler sur un livrable.

1. Aucune trace dans le code

C’est la règle la plus évidente et la plus souvent trahie, parce que les traces ne sont pas là où on les cherche.

Le pied de page, tout le monde y pense. Le reste, beaucoup moins : l’en-tête du fichier style.css d’un thème, qui porte un champ Author affiché dans l’administration de WordPress. Les commentaires laissés en haut des fichiers PHP. Le readme d’une extension sur mesure. Les messages de commit si le dépôt est transmis. Les noms de classes CSS préfixés au nom d’une agence.

Un client qui ouvre l’onglet Apparence de son WordPress lit le nom de l’auteur du thème. Si ce n’est pas celui de son agence, la conversation est lancée.

2. Aucune trace dans les emails techniques

Un site envoie des emails que personne ne relit jamais : la confirmation de formulaire, l’alerte de mise à jour, la notification de nouveau compte, la réinitialisation de mot de passe.

Ces messages partent avec l’adresse d’expédition configurée dans WordPress, et avec l’adresse email de l’administrateur enregistrée à l’installation. Si le site a été monté par un prestataire, ces deux champs portent souvent son adresse pendant des années.

La règle : l’adresse d’expédition et l’adresse d’administration portent le domaine de l’agence ou celui du client, jamais celui du sous-traitant. Cela se vérifie en trente secondes dans les réglages généraux.

3. Aucune trace dans les environnements de travail

La préproduction est un point aveugle. Elle vit souvent sur un sous-domaine du prestataire, avec son nom dans l’URL, et l’agence la partage à son client pour la recette.

Le lien que le client reçoit doit être neutre, ou porter le domaine de l’agence. C’est aussi vrai pour les outils de suivi : si le chantier est piloté dans un Trello ou un Notion, c’est celui de l’agence, avec les comptes de l’agence, pas un espace du sous-traitant auquel on invite tout le monde.

Je travaille dans vos outils pour cette raison, pas seulement par confort. Un chantier qui vit chez vous ne laisse rien traîner ailleurs.

4. Aucun contact direct avec le client final

Sans exception, et surtout pas « juste pour aller plus vite ».

Le raccourci est tentant quand il manque une image ou qu’un accès FTP ne répond pas. Il coûte cher : le client comprend qu’il existe quelqu’un d’autre, il prend l’habitude d’écrire directement, et l’agence perd le contrôle de ce qui se dit et de ce qui se promet.

La règle tient en une phrase : toute question passe par l’agence, même si la réponse prend une journée de plus. C’est l’agence qui décide, au cas par cas, si elle veut mettre quelqu’un en copie.

5. Les livrables sortent à la marque de l’agence

Le site n’est pas le seul livrable. Il y a le document de recette, le tutoriel de prise en main, le rapport mensuel de maintenance, la note écrite après un incident.

Ces documents circulent, souvent plus que le site lui-même. S’ils portent le logo du sous-traitant, l’agence doit les retoucher avant de les transférer, et un jour elle oubliera.

La règle : ils sortent déjà à la bonne marque, prêts à transférer tels quels. C’est ce que je fais pour les rapports de maintenance de parc, qui partent chaque mois au nom de l’agence.

6. Le portfolio du sous-traitant ne montre pas vos projets

Celle-là se règle avant le premier lot, pas après.

Un sous-traitant qui publie ses réalisations finit par publier les vôtres. Le client les trouve en cherchant son propre nom, et il découvre que son site figure dans le portfolio d’un tiers.

La règle : les projets faits pour une agence ne sortent nulle part, ni en réalisation, ni en capture d’écran, ni en exemple dans un article. Un NDA la met par écrit si votre client l’exige, et il se signe avant le premier chantier.

7. La non-sollicitation, écrite

C’est la règle dont personne ne parle et qui décide de tout le reste.

Un sous-traitant qui connaît vos clients pourrait leur écrire. Il ne le fera pas, mais l’engagement doit exister sur le papier, pas seulement dans les intentions. Un paragraphe suffit : le prestataire s’interdit de démarcher les clients finaux de l’agence, pendant la mission et après.

Dans mon cas la question est réglée en amont, puisque je travaille uniquement avec des agences. Un client final qui me contacte est renvoyé vers son agence. Cela ne dispense pas de l’écrire.

Le cas particulier des accès et des licences

Une huitième règle, moins visible que les sept autres, et qui se manifeste souvent des années après.

Un prestataire qui achète une licence d’extension premium à son nom pour le site de votre client crée une dépendance. Le renouvellement passe par lui, les mises à jour de l’extension passent par lui, et le jour où la relation s’arrête l’extension cesse d’être mise à jour sans que personne le remarque.

Même chose pour l’hébergement ouvert au nom du prestataire, pour le nom de domaine enregistré sur son compte, pour le dépôt de code hébergé dans son espace privé.

Rien de tout cela n’est malhonnête, c’est simplement plus rapide au démarrage. Cela devient un problème le jour du changement, et ce jour arrive toujours.

La règle : les comptes qui portent une valeur ou une échéance sont ouverts au nom de l’agence ou du client final. Le prestataire y accède, il ne les possède pas. C’est ce que j’applique sur l’hébergement, que je conseille et où je mets en ligne, mais dont le compte reste au nom de l’agence ou de son client.

Vérifier en dix minutes

Ces sept règles se contrôlent sur n’importe quel livrable, sans compétence technique particulière.

  • Le pied de page du site, jusqu’en bas, mentions légales comprises.
  • Apparence, puis Thèmes dans l’administration : le nom de l’auteur du thème actif.
  • Réglages, puis Général : l’adresse email d’administration.
  • Un clic droit, afficher le code source, puis une recherche du nom du prestataire dans la page. Les commentaires HTML s’y voient.
  • Extensions : l’auteur des extensions installées sur mesure.
  • Un email de test envoyé depuis le formulaire de contact, et l’adresse d’expédition qu’il porte.
  • Une recherche du nom de votre client sur le site du prestataire.

Sept vérifications, dix minutes. Si les sept passent, la marque blanche est réelle. Si l’une échoue, elle se corrige, et c’est une conversation normale à avoir avec un prestataire.

Pourquoi ces règles comptent plus qu’un discours

Une agence qui sous-traite vend une compétence, pas une capacité de production. Ce qu’elle protège, ce n’est pas un secret honteux, c’est la simplicité de la relation avec son client : un seul interlocuteur, une seule facture, un seul responsable.

Chaque trace laissée par un sous-traitant complique cette relation. Pas parce qu’elle révèle quelque chose de grave, mais parce qu’elle oblige l’agence à expliquer une organisation que son client n’a pas demandé à connaître.

C’est pour ça que je considère ces sept points comme faisant partie de la prestation, au même titre que le code livré. Le détail de ce que je prends en charge est sur la page renfort de production, et les prix sont sur la grille publique.